Un retour divin

Seule solution pour assister à la 1ère du film de Sélénia, l’amie roumaine
d’Hugo, rentrer en blablacar ! L’option est prise : nous resterons à Paris ce
soir, pour assister à la projection, rue Champolion. Hugo a trouvé une voiture.
Le Seigneur m’a rassurée : il n’y aurait pas de problème pour le retour !

J’ai pu ainsi passer l’après midi au pied de Notre Dame meurtrie, après une longue
marche, le long des quais de la Seine, petit pèlerinage, en approche du drame.


Ce que j’ai vu ce sont les visages graves, tristes, médusés par ce coup de glaive
au cœur de Paris. Transpercés, les 850 ans ; envolés les 1300 chênes d’avant
l’an 1000, cette forêt sous les toits ; souillée d’eau, la belle rebelle, sacrifiée
comme Jeanne sur le bûcher, ou comme Étienne tombé sous les pierres, mais miraculée par les soins des pompiers et la prière des fidèles rassemblés. Sublime la croix glorieuse, irradiant dans la pénombre, épargnée par le déluge des bois enflammés, et sauvée la douce vierge à l’enfant.


Cette vieille Dame avait accueilli ma 1ère communion et ma confirmation, avait
été témoin du sacrement d’alliance de mes parents et de la célébration des
funérailles de ma mamie avec le groupe de l’abbé Steinmann, rapatrié de Pétra.
10 jours avant le drame, j’y avais été avec ma bannière, pour la vénération de la
Couronne, à l’occasion d’un pèlerinage de l’église Saint Louis d’Antin. Elle
nous a été ôtée, Notre Dame, blessée dans l’athéisme ambiant de notre nation !
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Dans la voiture qui nous ramenait vers la maison, les échanges allaient bon train
autour de ce drame, survenu l’avant-veille : je découvrais que notre conducteur était
familier des choses de la foi. En effet, il avait reçu le baptême deux ans
auparavant et non seulement était encore néophyte, mais il connaissait bien le
père N. qui l’avait accompagné personnellement.


De mon côté, je lui ai évoqué ma visite à l’abbaye du Bec, il y a un mois : la
messe avait été une source de paix et de réconfort, dans la tourmente traversée
par l’Église entre pédophilie, viol, esprit clanique et silence systémique. La
célébration m’avait profondément apaisée, peut-être du fait de la qualité de son
recueillement, de la beauté de ses chants grégoriens, à voix d’hommes et de
femmes, mêlées en un élan mystique, mais aussi de ce mystère qui entoure le
latin lorsque les souvenirs remontent aux jeunes années de lycée.


Le lien de confiance avec mon Église s’était relâché, réprouvé, et je retrouvais
là, une sérénité toute subtile. Quant au latin, ce que j’y ai apprécié, c’est qu’il
me faisait échapper à la lourde insistance sur le pêché. Je crois que dans la seule
messe, nous reconnaissons 4 fois que nous sommes pêcheurs, de quoi vous
donner envie de foncer à la confesse, comme on le disait autrefois, plutôt que de
participer à l’eucharistie. Nulle impression que nous soyons de merveilleux
enfants d’un Père abondamment épris de Sa progéniture turbulente, sauf peut
être dans les chants de louange, des mouvements charismatiques où s’exhale un
parfum d’allégresse, où pointe cette relation intime, et si savoureuse, avec Celui
qui nous a connus bien avant notre naissance !


Et là, surprise ! Notre voyage a pris un nouveau virage. Notre pilote me déclare
tout de go : « je connais bien le frère Georges de l’abbaye du Bec ; ma femme
est allée le voir hier matin avec les enfants ». J’étais ébahie, toutefois moins
que le frère Georges quand je lui ai conté au téléphone, le lendemain, notre
retour de Paris en Blablacar.

En fait, c’est le matin même qu’il avait reçu la petite famille qu’il connaissait
bien. Et c’est au frère Georges, que j’avais confié mon manuscrit « les petites
histoires du vent » alors que je peinais à le faire éditer. Nous avions eu de
savoureux et espiègles échanges autour de Mère Yvonne Aimée dont il est fan,
lui aussi. Il avait aussi la particularité d’avoir habité l’île Saint Louis, alors que
j’étais encore petite fille dans la Cité, moi, au pied de Notre Dame. Et comme
j’allais souvent sur Paris, il m’avait chargée d’une enquête au sujet de ses grands-
parents qui pendant la guerre avaient caché dans leur cave, des personnes
juives, rue Amelot.


Il avait fini par lire mon manuscrit et découvrir les mille et un tours du Seigneur
pour nous arranger des petites rencontres. Mais là, on était sur un spot, de la
haute voltige, pour rassembler ce petit peuple et permettre aux cœurs parfois
dubitatifs, de s’exploser de joie ! Un spécial sur mesure ! Une recette qui
comportait beaucoup d’ingrédients : le passage d’Hugo à Paris, et notre rendez-
vous pour déjeuner avec sa compagne, l’embrasement de Notre Dame avec ses
vieilles pierres éprouvées et les conversations obligées autour de la foi, un film
dont l’amie d’Hugo tenait le rôle principal, et sa 1ère, en début de soirée,
incompatible avec nos horaires de train, et enfin le recours à un providentiel
Blablacar pour nous ramener à la maison où nous nous sommes retrouvés en
« terre sainte » à 4 roues.


Si c’était un scénario de film, il paraîtrait bien insensé. Alors, pour un moine
dont le temps s’écoule sereinement dans l’abri de la prière et d’un ordre divin,
c’était plutôt étrange, de le retrouver ainsi, au cœur de la turbulence du
monde…Restait à en comprendre le sens, sauf peut être à goûter à cette infinie tendresse du Très Haut pour réjouir et toucher Ses petits enfants. Aude Chapat, le 28 avril 2019

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