l'eau vive

Dans ce petit pays de Sichem en Palestine, se loge, dans la crypte d’une église orthodoxe, un puits dont on parle, depuis plus de 2000 ans : le puits de Jacob. C’est là, qu’une femme, à l’heure où le soleil est au zénith, vint y puiser de l’eau. Elle y a vu un homme, un juif, qui se reposait près du puits.

Cet homme va chambouler sa vie. En quelques mots, Il va lui ouvrir la perspective d’un monde nouveau, celui qu’elle attendait de tous ses vœux, la promesse de Dieu, ici sur terre ! Cette femme Samaritaine était de ces réprouvés que les juifs de Jérusalem ne voulaient pas aborder ! Et c’est elle, avec sa vie chaotique que Jésus va choisir pour révéler au monde qu’Il est le Messie, qu’Il peut donner, lui, de l’eau vive et qu’il y a des dons de Dieu, en elle, et pour chacun d’entre nous.

Comme j’aime peindre en aquarelle, j’ai passé beaucoup de temps sur cette rencontre : une femme attentive se penche vers cet homme fatigué, c’est la Samaritaine qui échange avec Jésus. Et cela depuis mes premiers essais, il y a bien longtemps. Récemment après mon retour de Terre Sainte de décembre 2018, j’ai rejoint un groupe qui peignait sur soie, pour, à mon tour, peindre et repeindre cette scène, jusqu’à la satisfaction, ne percevant toujours pas le mystère qui me sidérait.

Evangile de Jean 4

C’est lors de ce court séjour de 2018, que je vais pouvoir enfin être là, où Il s’est adressé à elle, caresser la pierre de ma main, goûter à l’eau qui venait des profondeurs comme chaque pèlerin, et proclamer l’Évangile en Jean 4, où figure l’entretien, l’un des textes les plus essentiels des Évangiles. Proclamer les paroles rapportées de Jésus à la Samaritaine. Pas mal, non !

Pourquoi je vous évoque, à vous, cette passion ? Peut-être parce que dans les premiers temps de ma conversion, il m’avait été dit que je ressemblais à la Samaritaine, c’était donc une sœur aînée ! Mais plus sûrement à la suite d’un entretien avec Emma (1) – elle avait déjà commencé à écrire l’histoire douloureuse de la famille de Nicole (2), et nous avions évoqué les derniers jours du groupe Notre Dame : avant d’arriver à Jérusalem, il avait fait étape à Sichem, au puits de Jacob. Elle me demandait à quoi je pensais quand on parlait de «l’eau vive » et fit référence à l’une des remarques qui ont pu traverser le drame, rapportée par le père Béguerie (3) . L’une des pèlerines avait interrogé Steinmann (4) :

« Quand donc boirais-je de cette eau vive que le Seigneur a promis à la Samaritaine ? Serait-ce avant ma mort » – Non répondit le Père, et avec un malicieux sourire il ajouta : « seulement deux secondes après votre mort ! » (5)

Et ces échanges qu’avait rapportés le père Béguerie avaient eu lieu à Jérusalem, au dimanche des Rameaux, la veille précisément de l’accident de Pétra (6) . C’est là le baume que je n’attendais plus. Ce partage avec Emma m’ouvrait à une autre réalité que celle de la disparition, dans les eaux déchaînées, de mes êtres chers. C’était juste une vision des deux secondes après : ces êtres qui disparaissaient et ces âmes qui s’envolaient en groupe vers le ciel, s’attendant peut-être, pour être tous unis, et sûrs que tout le monde était bien là, pour s‘élancer accompagnés d’anges et d’hymnes de joie. J’avais besoin de cette vision pour clore ce douloureux passage de ma vie, bien des années après – mais le Seigneur ne compte pas ainsi. J’avais à avancer dans ma vie pour que ce drame se referme sur cette image de l’Espérance et qu’Emma puisse s’interroger sur ce ‘petit’ détail de « l’eau vive ».

Reste que « l’eau vive » est certainement la source de beaucoup d’autres mystères, encore à révéler.

(1) Emma voir le tome I « les petites histoires du Vent », le texte « Rencontre avec Emma »
(2) Nicole était participante avec ma grand-mère au voyage
(3) Prêtre spiritain 1925-2017, ami de Steinmann, il animait un groupe de pèlerin parallèle à celui du père Steinmann
(4) Steinmann, 1911-1963, abbé de Notre Dame de Paris et organisateur de ce voyage en Terre Sainte.
(5) Extrait du livre Jean Steinmann, paru en 1964, édité par la Revue Montalembert
(6) Le drame de Pétra, Jordanie, le 8 avril 1963 : le groupe de l’abbé Steinmann a disparu dans le déferlement d’eau