Derniers moments ensemble

En ces temps où il n’est pas autorisé d’accompagner ses parents, je peux, par ce témoignage rappeler combien ces moments sont précieux et nécessaires.


Lundi, juin 2011. Ma journée s’annonçait chargée. Rendez-vous importants le matin, réunion l’après midi, avec 1 heure de voiture. Pour la première journée de la semaine, je sentais que je n’allais pas vraiment chômer, quand soudain un mal-être, une grosse fatigue, m’a envahie au point que je ne pouvais plus me mettre en route. Je sombrais dans un mal, autant mystérieux que soudain.

Bien obligée, je décrochais mon téléphone pour annuler tous les évènements de la journée ! Et je prenais un rendez-vous pour le médecin en fin d’après midi (eh oui, nous étions en 2011…) Très surprenant : à l’instant même où j’ai raccroché, le mal a disparu !

Je restais la matinée à me reposer et dans l’après midi, comme je n’avais rien de prévu, j’ai pris le temps d’aller sur internet regarder les vols pour la Roumanie. Cela faisait plusieurs mois que mes enfants, Hugo et Léa, m’avaient proposé un voyage pour découvrir ce pays, où Hugo était en séjour érasmus. Le projet était une escapade en voiture, au nord de la Roumanie, pour découvrir ces paysages bucoliques des Maramures, avec ses églises en bois, ainsi que les merveilleux monastères orthodoxes, moldaves, peints. Cucka, une amie roumaine de Hugo devait nous accompagner.

Ça y était, j’avais réservé un vol pour une semaine en juillet. J’étais entrée dans notre projet d’escapade. Je sortais enfin de ma procrastination.

Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que ce temps un peu étrange m’avait rendue disponible, et m’avait permise de m’occuper du voyage, et d’avoir ainsi un bon projet en réserve.

Donc, après le rendez-vous chez le médecin, alors que j’avais de nouveau du temps libre, je me suis rendue à la maison de retraite où Maman séjournait, depuis près de 4 ans et dont l’état de santé était plutôt terrifiant. Cela faisait 3 mois que l’équipe soignante avait proposé, en accord avec mes frères et sœurs, de suspendre l’alimentation automatique. Son état s’était un peu amélioré, la faisant sortir d’une situation de torpeur.

Je suis restée longtemps auprès d’elle, bien plus tard que d’habitude. Je ne la trouvais pas bien. Son lit s’était dégonflé (1). Elle avait une respiration un peu douloureuse. Je remarquais qu’elle regardait avec insistance quelque chose au-dessus d’elle, au niveau du plafond, vers sa droite. Il n’y avait rien d’apparent. C’était la 1ère fois que je la voyais ainsi. Elle ne parlait plus depuis bien longtemps. Et je n’ai eu une explication, que bien plus tard.

Le lendemain matin. Il était 7 heures. Je me préparais dans la salle de bain pour aller travailler. J’étais devant le miroir et je me suis vue quand le téléphone a sonné.

C’était l’infirmière. Elle m’invitait à venir très rapidement. J’ai appelé Noëmi, ma sœur. En un quart d’heure, j’étais habillée et à la résidence. Je pensais pouvoir lui dire au revoir, être là pour son passage, mais non, elle avait profité de l’aube pour s’éclipser.

Bien sûr, j’étais préparée. Bien sûr, je souhaitais que son martyr puisse enfin s’arrêter, mais ce que je retiens de ces 1ers instants sans elle, c’est le temps où tout s’inscrit profondément, hors temps. Le café qui m’a été apporté. Les mots d’apaisement du psychologue qui est juste passé, et dont je ne me souviens pas, mais qui m’ont restitué quelque chose de ce départ. Les sanglots lourds qui ont jailli de ce tête à tête avec l’invisible, et ce corps inerte.

Devant ce vide, je réalisais alors que le coup de trafalgar qui, la veille, m’avait empêchée d’assurer mes rendez-vous, m’avait permise d’être près d’elle longuement, une dernière fois, et d’être témoin de la visite qu’elle avait reçue, en cette veille. Celui d’un ange ?

Enfin, j’ai entendu ensuite dans le documentaire « Human » (2) que l’on naît de l’amour et on part vers l’amour. L’entre deux est souvent un lieu de déchirement, celui de Maman a bien été un lieu de souffrance.

Voilà le projet de voyage en Roumanie était posé comme un signe sur le futur, l’assurance d’un lendemain, d’un temps d’aventure avec les enfants, d’une consolation.

1 lits adaptés aux longs séjours

2 De Yann Arthus-Bertrand

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