Raphaël et la maraude !

Je rencontrais Raphaël ce matin-là autour d’un café-croissant. Il avait une histoire en réserve à me partager. Depuis quelques temps, il s’était engagé dans une maraude avec une petite équipe des Restos du Cœur. Et 2 soirs par semaine, ils partaient à la rencontre des isolés, pour apporter une parole, un café, un sandwich, et parfois écouter, quand c’était possible.

Un de ces soirs où la rencontre s’est faite, l’homme présentait des signes de ceux qui vont bientôt s’esquiver. Raphaël reconnaissait ces traits qu’il avait vu chez son père, ceux des derniers moments. Étrange rencontre sur ce pavé froid et sombre, ou coïncidence douloureuse ? Le souvenir a surgi avec toutes les interrogations. Ce même père qui l’avait martyrisé, violenté, le laissant impuissant, était parti sans un mot de pardon, sans regret.

Il lui restait l’emprunte de la perversion, les stigmates de la souffrance et du désordre où tout est inversé, un monde à l’envers, où Dieu se fait lointain, tout en étant intimement présent.

Alors ce soir-là, de nouveau, l’impuissance : le groupe n’était pas habilité à faire autre chose qu’avoir un contact. Lourd ! Quels regrets, l’homme aurait-il pu laisser, quelle confession aurait-il pu faire pour s’échapper de cette vie d’errance, un peu plus léger ? C’était la mission de Raphaël, devenu prêtre, et même là, il ne pouvait pas l’accomplir !

La maraude a repris son chemin, mais il était prévu que le cœur blessé soit un peu consolé. Et, à l’angle de la rue suivante, une antenne de la Croix Rouge était en veille avec un médecin. Une présence vraiment inespérée. Alors Raphaël leur a indiqué l’endroit où l’homme reposait. C’était le seul geste qu’il pouvait faire, devant cet impossible, un petit caillou blanc déposé par le Seigneur sur son chemin.

Pour une victime, il y a un réel apaisement à voir l’homme qui a endommagé sa vie, s’amender et reconnaître sa faute, devenir enfin responsable de ses actes et des dégâts qu’il a provoqués. Ça n’a pas été le cas pour Raphaël et la rencontre a réactivé la blessure. Mais pouvoir apporter du bien à cet homme, être un peu de ce bon samaritain dont on raconte la générosité dans les évangiles, lui a permis un petit rétablissement. « Je n’ai pas pu sauver mon père, mais je me suis vu comme le partenaire choisi par le Seigneur pour soulager la vie de cet homme».

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