l’ami Raymond

Pour Jacques Castel, prêtre, qui aimait « les petites histoires du Vent » et a rejoint son Seigneur, le 30 mars dernier

Les fêtes étaient passées et je n’avais pas décroché le téléphone pour les saluer, à l’occasion de la nouvelle année. Eux, c’était Bernadette et Raymond, 184 ans à deux. Ils habitaient tout près, mais on se voyait peu. Ce qui nous avait rapproché, c’est un ami prêtre qui était comme un fils pour eux.

L’envie m’est venue de leur faire un gâteau ; précisément celui que j’avais fait pour l’anniversaire de cet ami, et de leur proposer de l’apporter, et de se voir ainsi. Rien de bien extraordinaire, me direz-vous, sauf que le gâteau en question, c’était une charlotte à la framboise, plutôt goûtue. Le lundi, je les ai appelés, et j’ai proposé à Bernadette de se voir le lendemain, le mardi, le 7 janvier, chez eux pour le café. Bernadette entre temps a invité Adélaïde qui ne savait pas trop de quoi il s’agissait. Alors, quand elle nous a annoncé que nous étions le jour de la Saint Raymond, c’était la surprise, et la joie s’est annoncée. C’était la fête de Raymond, et Bernadette semblait avoir un peu zappé. Je n’y avais pas non plus prêté attention, en lisant les « textes du jour » le matin même.

C’est alors que j’ai réalisé que ce n’était pas par « hasard » que nous étions là, autour du café. Le Seigneur pouvait compter sur nous pour œuvrer dans Son désir de faire que Raymond soit fêté. Avec Adélaïde, nous l’avons convaincu que le Seigneur avait voulu lui montrer toute son attention, qu’Il avait mobilisé ses amies pour lui, pour que sa joie soit parfaite.

aperçu du ciel

Et voilà ce que je veux vous partager : je vois alors Raymond, 94 ans, se rassembler sur lui-même, comme un petit enfant qui veut protéger son trésor. Son émotion était visible, la joie était là et cette conviction intime a grandi : c’était pour lui, le Très Haut avait voulu le combler, et il était aimé de Lui ! Une vraie fête de Raymond !

C’est un des prismes du mystère de « l’eau vive » qui se trouve en Jean 4, où Jésus rencontre la Samaritaine. Frayer dans Sa volonté pour être là, dans Son désir et Lui permettre d’être présent et de nous toucher ! Joie de « l’eau vive » pour Ses petits enfants !

Aude Chapat, le 7 janvier 2020

l'eau vive

Dans ce petit pays de Sichem en Palestine, se loge, dans la crypte d’une église orthodoxe, un puits dont on parle, depuis plus de 2000 ans : le puits de Jacob. C’est là, qu’une femme, à l’heure où le soleil est au zénith, vint y puiser de l’eau. Elle y a vu un homme, un juif, qui se reposait près du puits.

Cet homme va chambouler sa vie. En quelques mots, Il va lui ouvrir la perspective d’un monde nouveau, celui qu’elle attendait de tous ses vœux, la promesse de Dieu, ici sur terre ! Cette femme Samaritaine était de ces réprouvés que les juifs de Jérusalem ne voulaient pas aborder ! Et c’est elle, avec sa vie chaotique que Jésus va choisir pour révéler au monde qu’Il est le Messie, qu’Il peut donner, lui, de l’eau vive et qu’il y a des dons de Dieu, en elle, et pour chacun d’entre nous.

Comme j’aime peindre en aquarelle, j’ai passé beaucoup de temps sur cette rencontre : une femme attentive se penche vers cet homme fatigué, c’est la Samaritaine qui échange avec Jésus. Et cela depuis mes premiers essais, il y a bien longtemps. Récemment après mon retour de Terre Sainte de décembre 2018, j’ai rejoint un groupe qui peignait sur soie, pour, à mon tour, peindre et repeindre cette scène, jusqu’à la satisfaction, ne percevant toujours pas le mystère qui me sidérait.

Evangile de Jean 4

C’est lors de ce court séjour de 2018, que je vais pouvoir enfin être là, où Il s’est adressé à elle, caresser la pierre de ma main, goûter à l’eau qui venait des profondeurs comme chaque pèlerin, et proclamer l’Évangile en Jean 4, où figure l’entretien, l’un des textes les plus essentiels des Évangiles. Proclamer les paroles rapportées de Jésus à la Samaritaine. Pas mal, non !

Pourquoi je vous évoque, à vous, cette passion ? Peut-être parce que dans les premiers temps de ma conversion, il m’avait été dit que je ressemblais à la Samaritaine, c’était donc une sœur aînée ! Mais plus sûrement à la suite d’un entretien avec Emma (1) – elle avait déjà commencé à écrire l’histoire douloureuse de la famille de Nicole (2), et nous avions évoqué les derniers jours du groupe Notre Dame : avant d’arriver à Jérusalem, il avait fait étape à Sichem, au puits de Jacob. Elle me demandait à quoi je pensais quand on parlait de «l’eau vive » et fit référence à l’une des remarques qui ont pu traverser le drame, rapportée par le père Béguerie (3) . L’une des pèlerines avait interrogé Steinmann (4) :

« Quand donc boirais-je de cette eau vive que le Seigneur a promis à la Samaritaine ? Serait-ce avant ma mort » – Non répondit le Père, et avec un malicieux sourire il ajouta : « seulement deux secondes après votre mort ! » (5)

Et ces échanges qu’avait rapportés le père Béguerie avaient eu lieu à Jérusalem, au dimanche des Rameaux, la veille précisément de l’accident de Pétra (6) . C’est là le baume que je n’attendais plus. Ce partage avec Emma m’ouvrait à une autre réalité que celle de la disparition, dans les eaux déchaînées, de mes êtres chers. C’était juste une vision des deux secondes après : ces êtres qui disparaissaient et ces âmes qui s’envolaient en groupe vers le ciel, s’attendant peut-être, pour être tous unis, et sûrs que tout le monde était bien là, pour s‘élancer accompagnés d’anges et d’hymnes de joie. J’avais besoin de cette vision pour clore ce douloureux passage de ma vie, bien des années après – mais le Seigneur ne compte pas ainsi. J’avais à avancer dans ma vie pour que ce drame se referme sur cette image de l’Espérance et qu’Emma puisse s’interroger sur ce ‘petit’ détail de « l’eau vive ».

Reste que « l’eau vive » est certainement la source de beaucoup d’autres mystères, encore à révéler.

(1) Emma voir le tome I « les petites histoires du Vent », le texte « Rencontre avec Emma »
(2) Nicole était participante avec ma grand-mère au voyage
(3) Prêtre spiritain 1925-2017, ami de Steinmann, il animait un groupe de pèlerin parallèle à celui du père Steinmann
(4) Steinmann, 1911-1963, abbé de Notre Dame de Paris et organisateur de ce voyage en Terre Sainte.
(5) Extrait du livre Jean Steinmann, paru en 1964, édité par la Revue Montalembert
(6) Le drame de Pétra, Jordanie, le 8 avril 1963 : le groupe de l’abbé Steinmann a disparu dans le déferlement d’eau

À la Une

des petites histoires à lire sans danger et sans bouger !

Voici le livre « Les petites histoires du vent ». Vous pouvez le trouver, confinement oblige, chez les libraires en ligne. Autre solution, super pratique et immédiate, la version numérique, au prix modique de 5 euros. Au choix :

Fnac : epub et Amazon : ebook ou pour l’offrir à un proche, le site cultura

Les histoires publiées ici ne se trouvent pas dans le livre. Elles vont être intégrées au tome II.

Vous pouvez par ailleurs écouter et faire écouter des petites histoires du livre. Radiodiffusées, elles sont lues sur RCF Haute Normandie, à l’émission « histoires courtes » à 12h. Elles sont accessibles en podcast, inscription gratuite. Les dates vont du 23 septembre au 18 octobre 2019. Une façon agréable de découvrir la présence de Dieu dans nos vies.

https://rcf.fr/culture/livres/histoires-courtes

Ici ce ne ne sont pas des « fake news », mais que du Bon Dieu, en histoires vraies. A découvrir ! Histoires testées positivement, auprès de personnes fâchées avec l’Église et même avec le Bon Dieu !

un rendez-vous en chambre

Ce n’est pas la première épidémie qui atteint le monde, mais celle-ci s’annonce fracassante.

Autrefois la ferveur populaire se rassemblait pour intercéder auprès de Dieu ; c’était crédible que Dieu puisse  intervenir par l’intercession de saints comme St Roch, St Joseph, Sainte Rita, et, bien sûr, Sainte Marie, en de belles processions à travers villes et villages. Aujourd’hui, c’est un changement de programme : une invitation au confinement, décision collective.

En fait, il y a 2000 ans que cette parole nous attend (en Matthieu 6.6-13) : « entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret.  Et ton père qui voit dans le secret, te le rendra. Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer… Vous donc, priez ainsi :

Notre Père qui es aux cieux, fais connaître à tous qui tu es,  fais venir ton Règne, fais se réaliser ta volonté sur la terre à l’image du ciel.  Donne-nous aujourd’hui  le pain dont nous avons besoin. Pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous, et ne nous conduis pas dans la tentation, mais délivre-nous du Tentateur. »

En communion de prière                                     Aude, le 20 mars 2020 source la traduction TOB

Notre Dame : le mystère des lundis de semaine sainte

L’énigme de l’incendie de Notre Dame reste entier. Quel sens donner à ce drame qui a secoué notre planète Terre ?

Le 15 avril 2019, la cathédrale Notre Dame de Paris a été attaquée par le feu. Sa toiture de chênes et de plomb a disparu dans les flammes, sa structure s’est fragilisée. Elle a été sauvée par des pompiers exemplaires et par l’intercession des cœurs pétrifiés. C’était un lundi de semaine sainte, de Pâques 2019.

Mais déjà en 1963, un autre lundi de semaine sainte, Notre Dame de Paris avait été durement touchée et blessée dans ses entrailles. Le drame était survenu loin des terres de France, dans les gorges de Pétra, en Jordanie. Il avait plu dans ce désert aride, beaucoup plu, et l’abbé de Notre Dame avec son groupe de pèlerins, alors qu’ils descendaient le Sik, avaient été emportés par des flots démentiels. Un drame affreux. C’était le lundi de semaine sainte, de Pâques 1963, un 8 avril précisément. Cet abbé était le père Jean Steinmann, exégète et bibliste, un homme de Dieu ! Il était accompagné de 22 personnes du groupe Notre Dame, principalement des femmes.

Mais après l’eau dans le désert, c’est donc le feu sur Paris!

En ce début d’année, lors du carême, l’appel de Jonas sur Ninive a été donné en lecture. Cyniquement aujourd’hui, nous avons des cendres, mais où en est-on de l’appel à la conversion, de nos cœurs, de nos vies ? En écho à l’appel de St Jean Paul II : « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »

Cela ressemble à un coup de semonce, et avant que d’autres alertes ne sonnent dans nos vies, écoutons Jonas et son appel à la conversion !

Le shabbat ! Et la bénédiction des enfants

Si vous vous approchez des racines juives de la foi1, vous pourrez découvrir ce qu’est le shabbat. Je profitais de l’enregistrement d’une célébration par des proches de la fraternité ‘parole et louange’ pour m’initier un peu plus sur ce temps spécial, temps de prière et de partage, de nos « frères aînés dans la foi ». J’y avais participé, il y a bien longtemps, résidant alors dans une famille juive, près de Londres, à Chorleywood. J’y avais été invitée par Angèla, la maîtresse de maison. Dans la vidéo que je visionnais, il était question de nous initier à ce temps fort autour d’un repas.

J’écoutais avec attention. Est arrivé le temps de la bénédiction. L’officiant donne des indications sur la démarche, puis il organise la bénédiction des parents pour leurs garçons, et ensuite pour leurs filles. Vient alors le temps de la bénédiction des enfants qui ne sont pas présents. C’est à la bénédiction des garçons que la surprise m’attendait : devant la caméra, juste là, la silhouette de Hugo2 se profile. Il s’arrête, se retourne, semble chercher quelqu’un et repart en continuant son chemin. Cette apparition ne dure que quelques secondes, mais la silhouette est reconnaissable : cheveux, lunettes, taille et mouvement, et cela au moment précis des paroles de bénédiction pour les garçons non présents. Je l’ai regardée en boucle, fascinée par cette étrange réalité. Et Hugo a ainsi été abondamment béni !

Je lui ai montré la vidéo et me suis enquise s’il avait, à tout hasard, participé à un shabbat, qui aurait été celui-là, bien sûr ! Réponse évidemment négative. Il me reste à accueillir comment les choses ont pu se faire pour qu’il puisse ainsi apparaître sur les images de la vidéo, au moment précis de la bénédiction des parents pour leur enfant éloigné !

Mystère et grâce bien sûr ! Et joie de ce petit cadeau du ciel ! Le Seigneur m’avait donné à Gagnières3 l’image que nous avions des cadeaux qui nous attendaient au pied du sapin que nous avions nous, petites enfants, à ouvrir : en voici un que non seulement j’ai ouvert, mais que j’ai eu plaisir à partager pour que la joie soit parfaite ! Et le shabbat nous invite ainsi à la bénédiction des enfants, qu’ils nous soient proches ou éloignés.

1 Voir le texte de Vatican II « Nostra Aetate » 2 mon fils cadet ! 3 Au Centre chrétien de Gagnières dans les Cévennes

Un retour divin

Seule solution pour assister à la 1ère du film de Sélénia, l’amie roumaine de mon fils Hugo, rentrer en blablacar ! L’option est prise : nous resterons à Paris ce soir, pour assister à la projection, rue Champolion. Hugo a trouvé une voiture. Le Seigneur m’a rassurée : il n’y aurait pas de problème pour le retour !

J’ai pu ainsi passer l’après midi au pied de Notre Dame meurtrie, après une longue marche, le long des quais de la Seine, petit pèlerinage, en approche du drame.

Ce que j’ai vu ce sont les visages graves, tristes, médusés par ce coup de glaive au cœur de Paris. Transpercés, les 850 ans ; envolés les 1300 chênes d’avant l’an 1000, cette forêt sous les toits ; souillée d’eau, la belle rebelle, sacrifiée comme Jeanne sur le bûcher, ou comme Étienne tombé sous les pierres, mais miraculée par les soins des pompiers et la prière des fidèles rassemblés. Sublime la croix glorieuse, irradiant dans la pénombre, épargnée par le déluge des bois enflammés, et sauvée la douce vierge à l’enfant.

Cette vieille Dame avait accueilli ma 1ère communion et ma confirmation, avait été témoin du sacrement d’alliance de mes parents et de la célébration des funérailles de ma mamie avec le groupe de l’abbé Steinmann, rapatrié après le drame de Pétra, en avril 1963.

10 jours avant le drame, avec ma bannière, j’avais été à la vénération de la Couronne d’épine, à l’occasion d’un pèlerinage organisé par l’église Saint Louis d’Antin. Elle nous a été ôtée, Notre Dame, blessée dans l’athéisme ambiant de notre nation !

Dans la voiture qui nous ramenait vers la maison, les échanges allaient bon train autour de ce drame, survenu l’avant-veille : je découvrais que notre conducteur était familier des choses de la foi. En effet, il avait reçu le baptême deux ans auparavant et non seulement était encore néophyte, mais il connaissait bien le père N. qui l’avait accompagné personnellement.

De mon côté, je lui ai évoqué ma visite à l’abbaye du Bec, il y a un mois : la messe avait été une source de paix et de réconfort, dans la tourmente traversée par l’Église entre pédophilie, viol, esprit clanique et silence systémique. La célébration m’avait profondément apaisée, peut-être du fait de la qualité de son recueillement, de la beauté de ses chants grégoriens, à voix d’hommes et de femmes, mêlées en un élan mystique, mais aussi de ce mystère qui entoure le latin lorsque les souvenirs remontent aux jeunes années de lycée.

Le lien de confiance avec mon Église s’était relâché, réprouvé, et je retrouvais là, une sérénité toute subtile. Quant au latin, ce que j’y ai apprécié, c’est qu’il me faisait échapper à la lourde insistance sur le pêché. Je crois que dans la seule messe, nous reconnaissons 4 fois que nous sommes pêcheurs, de quoi vous donner envie de foncer à la confesse, comme on le disait autrefois, plutôt que de participer à l’eucharistie. Nulle impression que nous soyons de merveilleux enfants d’un Père abondamment épris de Sa progéniture turbulente, sauf peut être dans les chants de louange, des mouvements charismatiques où s’exhale un parfum d’allégresse, où pointe cette relation intime, et si savoureuse, avec Celui qui nous a connus bien avant notre naissance !

La bannière : la Couronne d’Épines avec la tunique d’Argenteuil

Et là, surprise ! Notre voyage a pris un nouveau virage. Notre pilote me déclare tout de go : « je connais bien le frère Georges de l’abbaye du Bec ; ma femme est allée le voir hier matin avec les enfants ». J’étais ébahie, toutefois moins que le frère Georges quand je lui ai conté au téléphone, le lendemain, notre retour de Paris en Blablacar.

En fait, c’est le matin même qu’il avait reçu la petite famille qu’il connaissait bien. Et c’est au frère Georges, que j’avais confié mon manuscrit « les petites histoires du vent » alors que je peinais à le faire éditer. Nous avions eu de savoureux et espiègles échanges autour de Mère Yvonne Aimée dont il est fan, lui aussi. Il avait aussi la particularité d’avoir habité l’île Saint Louis, alors que j’étais encore petite fille dans la Cité, moi, au pied de Notre Dame. Et comme j’allais souvent sur Paris, il m’avait chargée d’une enquête au sujet de ses grands-parents qui pendant la guerre avaient caché dans leur cave, des personnes juives, rue Amelot.

Il avait fini par lire mon manuscrit et découvrir les mille et un tours du Seigneur pour nous arranger des petites rencontres. Mais là, on était sur un spot, de la haute voltige, pour rassembler ce petit peuple et permettre aux cœurs parfois dubitatifs, de s’exploser de joie ! Un spécial sur mesure ! Une recette qui comportait beaucoup d’ingrédients : le passage d’Hugo à Paris, et notre rendez-vous pour déjeuner avec sa compagne, l’embrasement de Notre Dame avec ses vieilles pierres éprouvées et les conversations obligées autour de la foi, un film dont l’amie d’Hugo tenait le rôle principal, et sa 1ère, en début de soirée, incompatible avec nos horaires de train, et enfin le recours à un providentiel Blablacar pour nous ramener à la maison où nous nous sommes retrouvés en « terre sainte » à 4 roues.

Si c’était un scénario de film, il paraîtrait bien insensé. Alors, pour un moine dont le temps s’écoule sereinement dans l’abri de la prière et d’un ordre divin, c’était plutôt étrange, de le retrouver ainsi, au cœur de la turbulence du monde…Restait à en comprendre le sens, sauf peut être à goûter à cette infinie tendresse du Très Haut pour réjouir et toucher Ses petits enfants. Aude Chapat, le 17 avril 2019

PS les noms sont des pseudonymes.

Baptiste se présente au ciel

Baptiste était le mari de la nounou des enfants. Nous l’aimions bien. C’était un gentil. La mauvaise maladie l’a saisi et dans sa progression, une âme bienveillante l’a initié à la prière et lui a fait découvrir le secours de la foi.

Et puis Baptiste nous a quitté. C’est dans la petite église du village que la célébration a eu lieu. Avec les enfants, nous sommes arrivés un peu en retard. Il restait le pas de la porte. L’église était petite et très jolie.

C’est alors que j’ai eu cette vision : Baptiste, à travers une trappe, se hissait sur des nuages, et très réjoui s’exclamait : « oh ! mais c’est bien mieux ici qu’en bas ! » En tous cas, en bas, c’était plutôt les larmes, et le chagrin caché dans les mouchoirs. Je n’ai pas osé partager la vision.

Ce qui s’est passé ensuite m’a littéralement sidérée ! J’ai ‘vu’ mon père, venir à la rencontre de Baptiste qui se hissait hors de la trappe. Il lui disait : « je viens vous accueillir parce que vous avez veillé sur mes petits enfants ! »

Quel foudroiement ! L’hypothèse qu’il n’y avait rien après la mort a explosé dans cette réalité visionnaire incroyable : papa s’occupait là-haut de ceux qui avaient veillé sur ses petits enfants qu’il n’avait pas connu !

Je le reconnaissais bien là, toujours au service des autres et très « humainement » attentif. C’était bien lui ! Même des années après cette vision m’émerveille et s’ouvre à une sérénité pleine de tendresse.

Rencontre de l’Avent

Je venais de quitter, pour la dernière fois, mon petit groupe « d’interlocuteur du changement » qui se réunissait depuis plusieurs années et nous avions partagé un pot d’amitié. Je suis ensuite allée dîner dans mon petit restau chinois mais en sortant, je ne sais comment, j’ai laissé négligemment mon téléphone sur la table… Une fois dans le métro, en direction du Sacré Coeur (quel nom incroyable!), où je devais participer à la nuit d’adoration , je réalisais que mon téléphone n’était plus dans mon sac : moment de désespoir… temps où l’on saisit l’absence …!

Demi tour et trouvant le restaurateur fumant une cigarette dans la rue, j’ai senti un réel soulagement m’envahir. Il n’y avait plus personne, mais le précieux portable était là, sur la table !

J’ai repris mon chemin en sens inverse et dans le métro, je marchais paisiblement : le couloir était assez étroit quand sur ma droite, une jeune femme d’origine africaine, portant un cageot rempli de victuailles soigneusement rangées dans des gobelets, me dépassa. Elle parlait à son partenaire de portage et s’exclamait de la joie de le revoir. Elle l’appelait Olivier.

Je sentais que ça poussait derrière moi. A eux deux, ils faisaient la largeur du couloir, un vrai boyau ! Et là je me suis retournée à ce prénom d’Olivier, pour apercevoir sous un bonnet de laine à pompon, mon frère, mon parrain, mon aîné, entouré de ses amis. Ils allaient distribuer des repas dans le nord de Paris, à des migrants.

Nous avons pris le métro ensemble. Foufou il était, me présentant à ses amis comme étant une personne qu’il connaissait depuis 60ans ! Je n’ai pas osé leur dire qu’il me rajeunissait un peu mais cette rencontre inopinée m’a réjouis le coeur ! Et la joie de mon frère m’a incroyablement touchée.

Comment, de passage à Paris, dans le métro, avais-je pu rencontrer ce frère? Pour la synchro, il avait bien fallu que j’oublie mon téléphone au restaurant …! Je n’ai pas révélé à Olivier où j’allais car je pense qu’il aurait voulu m’embaucher dans sa distribution, mais j’étais engagées à participer à la nuit d’adoration perpétuelle, établie depuis plus de 100 ans dans la Basilique de Montmartre, pour l’intercession de notre monde qui en a tellement besoin !

Basilique du sacré coeur – photo AED

Voilà, l’église était éclairée de rouge, et je l’apprendrais le lendemain au petit déjeuner, que la Synagogue des Victoires, la nouvelle Église orthodoxe du quai de Branly, ainsi que la Grande Mosquée de Paris marquait cette nuit-là, par des projecteurs de couleur rouge, le sang de tous les martyrs de la foi, d’aujourd’hui, dans un bel élan oecuménique.

Voilà, c’était mon petit cadeau de Noël pour vous ! Et ce que je vous souhaite comme rencontre, c’est celle de celui qui nous émerveille toujours, depuis plus de 2000 ans, et qui n’était pas dans le métro mais bien dans une petite grotte à Bethléem. On l’appelait l’Enfant Jésus !!!